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De Schengen à la Palestine... Un voyage au cœur du sens de la liberté et des frontières

نبض الحياة

Par Sanad Sahelia

En l'espace de quelques heures, j'ai traversé la France, le Luxembourg, le village de Schengen, puis l'Allemagne. Je ne suis pas descendu de voiture. Personne ne m'a demandé mon passeport. Personne ne m'a interrogé sur ma destination. Je franchissais des frontières entre États souverains, mais rien, sur la route, ne laissait deviner que je quittais un pays pour entrer dans un autre. La route s'étendait devant moi avec une évidence presque naturelle, comme si elle avait été conçue pour relier les personnes, et non pour les séparer.

À Schengen, ce petit village niché sur les rives de la Moselle, j'ai compris que l'importance d'un lieu ne se mesure pas toujours à sa taille. Ce n'est ni une capitale, ni un État. Il ne possède ni armée ni postes-frontières. Pourtant, c'est ici qu'est né l'un des projets les plus ambitieux de l'Histoire Européenne, qui permet aujourd'hui à vingt-neuf pays de partager un même espace sans frontières intérieures.

Les accords de Schengen n'ont pas seulement facilité les déplacements. Il a incarné une idée plus profonde, celle qu'entre des nations ayant longtemps connu les guerres et les divisions, la confiance et la coopération pouvaient remplacer les barbelés, les murs et les postes de contrôle.

C'est pourquoi, dans une grande partie de l'Europe, franchir une frontière est devenu un passage presque imperceptible. Bien souvent, seul un panneau bleu au bord de la route annonce le passage d'un pays à un autre, avant que le voyage ne se poursuive comme si rien n'avait changé.

Dans ma poche se trouvait un visa Schengen, un simple document de quelques centimètres, capable pourtant de m'offrir la liberté de circuler dans vingt-neuf pays. C'est alors qu'une question, simple en apparence, n'a cessé de m'accompagner : comment un seul document peut-il ouvrir les portes d'un continent entier, alors qu'un Palestinien vivant en Cisjordanie ne peut pas se rendre d'une ville à une autre de son propre pays avec la même facilité ?

Pendant que je traversais le Luxembourg pour rejoindre l'Allemagne en quelques minutes, je pensais à la route qui relie mon village de Taybeh à Ramallah, puis à celle entre Ramallah et Bethléem, ou encore entre Naplouse et Jénine. Sur une carte, ces distances paraissent modestes. Sur le terrain, elles peuvent se transformer en longues heures d'attente, ou en un voyage dont personne ne sait réellement quand il prendra fin.

La différence ne réside pas dans le nombre de kilomètres, mais dans ce que représente la route elle-même. En Europe, la frontière s'efface presque du quotidien. En Cisjordanie, le trajet peut devenir une source permanente d'incertitude, retardant un patient qui se rend à l'hôpital, un étudiant qui rejoint son université, un salarié qui part travailler, ou une famille qui souhaite simplement de se retrouver.

Au cours de ce voyage, j'ai découvert, ne serait-ce que pendant quelques heures, ce que signifie se déplacer sans peur, sans contrôle et sans attente. J'ai alors compris que la liberté de circulation n'est pas seulement une disposition administrative ou une facilité accordée aux voyageurs. C'est une expérience profondément humaine, qui transforme notre rapport au temps, à l'espace et à la vie quotidienne.

À Schengen, j'ai également compris que le problème n'est pas l'existence des frontières. Tous les États ont besoin de frontières. Le problème commence lorsque celles-ci deviennent un obstacle permanent à la vie, lorsque la liberté de circuler, l'une des expressions les plus élémentaires de la dignité humaine, cesse d'être un droit pour devenir un privilège accordé ou retiré.

C'est sans doute pour cette raison que l'histoire de l'Europe m'est revenue à l'esprit. Il y a seulement quelques décennies, ce continent connaissait lui aussi les guerres, les murs, les fils barbelés et les postes de contrôle. Il a pourtant choisi de faire de la libre circulation l'un des fondements de son projet commun, en donnant à la route une autre signification, celle d'un espace de rencontre plutôt que de séparation.

J'ai quitté Schengen avec une seule question en tête: si l'Europe, après une longue histoire de divisions et de conflits, a réussi à rendre les frontières presque invisibles dans la vie quotidienne de ses citoyens, viendra-t-il un jour où un Palestinien pourra, lui aussi, se déplacer d'une ville à l'autre avec cette même simplicité?

En quittant Schengen, je ne pensais déjà plus seulement à l'Europe. Je réfléchissais à ce que signifie réellement la liberté. Être libre, ce n'est pas uniquement pouvoir passer d'un État à un autre. C'est pouvoir rejoindre sa propre ville sans que la route décide, à votre place, si vous arriverez à destination.

C'est peut-être cela qui m'a le plus marqué au terme de ce voyage: il m'a fallu parcourir des milliers de kilomètres pour découvrir un droit fondamental qui, pour de nombreux Palestiniens, demeure encore hors de portée. Et si l'Europe est parvenue à faire des frontières une présence discrète dans la vie quotidienne, une question continue de m'accompagner: quand la liberté de circuler deviendra-t-elle, elle aussi, une évidence pour les Palestiniens?